concours mai

Adorias

Empereur
Zuretha « la femme-écailles »





Spéio et Apion


Spéio était l’une des nombreuses filles du dieu Nérée.
Elle vivait recluse avec sa famille dans une grotte profonde située sous la mer, mais la jeune nymphe rêvait de découvrir le monde.

Apion était un agile pêcheur de perles.
Il habitait un village situé sur l’une des toutes petites îles de la mer Egée.

Un matin, Apion fit la rencontre de la belle Spéio. Ils s’aimèrent d’un amour fou et quelques temps après, naquit Zuretha, la « Perle divine » en langage des dieux.

A la disparition de sa fille, Nérée fut très en colère et il chargea les siens de la retrouver au plus vite. Lorsqu’il apprit qu’elle avait quitté le foyer de son plein gré et qu’elle avait mis au monde l’enfant d’un mortel, son courroux redoubla.

Un jour que Spéio se baignait dans l’écume des vagues, Nérée se changea en un gros poisson puis vint à sa rencontre et l’avala. La jeune néréide supplia son père de la libérer afin qu’elle puisse retrouver son enfant Zuretha. Nérée lui dit : « Apprends ma fille, que tu ne dois pas te compromettre avec les mortels. Puisque tu désires vivre auprès de ta perle, sois donc transformée en conque et tu engendreras des perles pour l’éternité ! »
Spéio fut transformée en coquillage et elle tomba dans l’oubli.






Zuretha






Zuretha fut élevée par son père et ne connut sa mère qu’à travers le souvenir qu’il en gardait et par une petite perle verte qu’il portait au cou, cadeau de l’amante à son amant.

Si elle tenait d’Apion, son agilité et sa vigueur, elle avait en revanche hérité de la beauté de sa mère et de son goût pour l’aventure. C’est ainsi qu’elle partait en expédition des journées entières avec les enfants du village pour affronter des monstres imaginaires ; le soir, les enfants revenaient fourbus de leur périple.
Zuretha était heureuse mais elle ne parlait pas du mystère de ses origines à ses camarades ; du sang divin coulait en elle et cela la rendait différente. Elle le découvrit un jour qu’elle se promenait seule sur les rochers en bord de mer ; elle glissa d’une certaine hauteur et la chute lui aurait été fatale si son corps ne s’était pas soudainement recouvert d’écailles. L’apparition de cette seconde peau ne dura pas longtemps car celle-ci disparut une fois le calme revenu.
Il lui arrivait parfois de songer à sa mère ; et ce moment-là, elle préférait le partager avec le vent, les embruns et les vagues. Il lui semblait fusionner avec les éléments et elle ressentait alors une énergie nouvelle et salvatrice l’envahir. La tristesse disparaissait aussitôt.
C’était justement l’un de ces jours que le malheur arriva.
Zuretha vit au loin de la fumée au-dessus du village. Elle se demanda quelle en était la raison car si la fête en l’honneur de Poséidon avait lieu chaque année, la prochaine n’était pas prévue avant des mois. Il y avait donc une autre explication. Et c’est en arrivant au village que Zuretha eut la réponse ; les habitants avaient été massacrés et il ne restait plus personne.
Pleurant les morts un jour durant, elle prit la décision de quitter l’île. Sa petite barque l’emmènerait au loin vers le large, peut-être aussi vers Spéio, cette mère qu’elle n’avait pas connue.

L’esquif dériva une nuit et un jour pour se perdre au milieu de nulle part. Lorsque la fillette se réveilla, elle eut faim et soif. Elle pleura son père et ses amis et chaque fois qu’elle songeait à se laisser aller dans l’eau profonde, un regain d’espoir jaillissait et la maintenait éveillée. Un soir, un gros bateau croisa sa route. Les marins virent l’enfant et la firent monter à bord.
Cette année-là, Zuretha venait à peine d’avoir dix ans.






Une vie d'aventure





Les marins s’étaient habitués à leur petite mascotte. Au début, ils la chouchoutèrent puis le temps passant, ils lui donnèrent des tâches ménagères à accomplir. Un beau matin, elle fut réveillée par un énorme choc qui la fit tressaillir et elle entendit depuis la cabine du capitaine qu’elle occupait les premiers temps, une clameur qui la terrifia. Zuretha monta sur le pont et vit avec stupéfaction que leur bateau venait de défoncer le flanc d’un navire plus gros et sur lequel les marins se jetaient avec frénésie. Un frisson parcourut le corps de la fillette et sa peau se recouvrit d’écailles ; le danger l’excitait et un désir sauvage la poussait à se ruer elle aussi vers le combat mais elle ne fit que regarder.

Après l’assaut victorieux, les marins se partagèrent le butin et enrôlèrent les adversaires qui s’étaient bien battus ; les autres ainsi que les morts furent jetés à la mer.
Le capitaine dit à Zuretha : « Voilà, tu sais maintenant qui nous sommes. Je t’ai aperçue tout à l’heure mais toi… qui es-tu vraiment ? »
Zuretha qui leur avait déjà raconté la brève histoire de son existence, dut révéler le secret de ses origines et les pirates n’y firent plus jamais allusion.

Les journées s’écoulèrent, puis les années.
La fillette devint une très jolie jeune fille aux cheveux coupés très courts et habillée comme un garçon pour être perçue comme l’une des leurs. Un étranger l’apercevant au loin, l’aurait certainement prise pour un homme ; plus près, il se serait proposé pour veiller sur elle. Mais, il se serait trompé car Zuretha n’avait aucunement besoin qu’on la protège. Elle avait pris goût à cette vie d’aventure et les hommes l’estimaient non seulement pour sa charmante compagnie mais aussi pour sa vaillance au combat. Certains avaient tenté – par désir viril – de l’approcher de manière suggestive et à chaque fois, l’insolent se retrouvait couché sur le dos, la pointe d’un poignard tout près de la carotide.

Le jour de ses vingt ans estimés, elle ne coupa plus ses cheveux. Elle affirmait dorénavant sa féminité au grand jour, ce fut un peu comme une renaissance. Elle reçut en cadeau de la part de l’équipage, un trident forgé dans le meilleur métal qui soit - celui qui tombe parfois du ciel - un symbole à la fois divin et empreint d’un profond respect.

En quelques années, les pirates coulèrent de nombreux bateaux. Zuretha s’était aguerrie et sa réputation commençait à se répandre. Les pirates ressentaient par moment une crainte lorsqu’au plus haut du combat, la folie s’emparait d’elle et que son corps se recouvrait d’une armure d’écailles, la transformant en une arme indestructible.

Les cités grecques ne restaient pas indifférentes aux actes de piraterie. Elles envoyèrent à maintes reprises des vaisseaux de guerre ; mais les bateaux disparaissaient les uns après les autres et les rares survivants témoignaient des affreusetés commises par la sauvage aux écailles.





La repentance





Un soir – après un combat rude mais victorieux - les hommes décidèrent pour se détendre, d’ouvrir quelques amphores remplies d’un vin qu’on disait excellent ; il fallait bien vérifier la chose. Le règlement interdisait l’alcool à bord mais cette fois-ci, le capitaine autorisa la dégustation car il avait une idée en tête : posséder enfin Zuretha qui ne s’était pas encore offerte à lui.
Lorsqu’elle s’enivrait, Zuretha redevenait la petite fille qui courait autrefois sur la plage, celle qui riait avec ses amis… avec son père aussi. Puis des larmes lui venaient et elle devenait une créature sans défense. Le capitaine savait que la jeune femme n’avait pas l’alcool mauvais et qu’elle ne se montrerait pas farouche. Il lui prit le bras et l’entraina à l’écart dans sa petite cabine.

Détendue, Zuretha ne voyait plus le capitaine exigent et cruel parfois, mais l’homme qui allait lui apporter un moment de réconfort. La jeune femme se laissa déshabiller et les corps s’enlacèrent.
Tout près des amants, il y avait un petit coffre dans lequel le capitaine gardait les objets récupérés lors des combats ; certains étaient en matières précieuses et d’autres paraissaient dénués de valeur mais tous avaient une importance à ses yeux. Malencontreusement, le petit coffre fut bousculé, étalant ses trésors devant la jeune femme pendant qu’elle montait sur le ventre de son amant. Des perles nacrées, bijoux et autres objets tintèrent en s’entrechoquant et vinrent se nicher dans le creux des corps nus. Cela les fit sourire mais ils n’y prêtèrent pas attention. Lui, glissa une main dans ses cheveux de guerrière et de l’autre, caressait tout doucement sa poitrine ; elle, se cabra en arrière puis tous deux se laissèrent emporter par l’ondulation languissante de l’amour. Zuretha ressentit dans sa chair, l’étreinte de plus en plus passionnée de son compagnon. Elle voyait son visage abimé de marin, se tordre sous l’intensité du plaisir. Elle fut envahie à son tour par ce même plaisir et une image indicible troubla sa raison ; celle de ce visage viril qui se tordait et qui se déformait. Alors, un autre visage lui apparut, celui d’un homme issu de sa mémoire… celui de son père portant au cou une petite perle.
Zuretha ouvrit les yeux ; elle avait déjà vu cette perle… à côté d’elle, parmi les trésors du petit coffre.

Elle prit la perle dans sa main et la vérité jaillit. Son corps se hérissa d’écailles et Zuretha se déchaîna telle une furie sur sa proie. Elle enfonça de toute sa force les pouces dans les yeux de son amant qui se mit à hurler.
Les marins l’entendirent et ce qu’ils virent ensuite les terrorisa ; surgissant de la cale, Zuretha tenait la tête ensanglantée de leur capitaine.

« Il y a des années, vous avez massacré un village de pêcheurs désarmés… et vous n’avez épargné aucun enfant ! Je vous maudis ! », leur cria-t-elle avant de se ruer sur eux. Les hommes qu’elle avait côtoyés durant toutes ces années, n’eurent aucune chance mais elle épargna ceux qui avaient été enrôlés après son arrivée.



Dès lors, un grand changement s’opéra en elle. Elle se repentit des actes ignobles dont elle était responsable et pour se faire pardonner ses crimes, elle se proposa de venir en aide aux cités meurtries.


La légende de Zuretha « la femme-écailles » était née.