[Poème] Poème

samsam1998

Citoyen
Comme la section est vide d'activité depuis quelques temps, je mets quelques sonnets sur le thème de l'Antiquité, en espérant que cela relance nos camarades poètes et écrivains.



Le grand incendie

Ma ville est un brasier de songes allumés,
Où ma muse enflammée me chante ses chimères,
Où je vais d’un pied fier et l’esprit embrumé
Comme un voile sombre et aveugle à tout mystère !

Je vois le vrai symbole en ces feux abimés,
Lorsque la ville sombre et les ruines m’éclairent…
Je me sais infini en ce lieu consumé,
Tel Néron a ses pieds vit sa Rome éphémère…

Allons donc éternel, jouer tous ces grands airs,
Sous les cris, les clameurs, les feux et les éclairs,
Car de mes fureurs, je sais ma Grèce immaculée…

Ce crime à mes talons ne m’est point si amer
Car rien ne m’est plus beau, sous la lyre et le vers,
Que Rome en mon rêve à l’odeur de Troie brûlée !


Phaéton

Je crus longtemps mes vers divins et précieux
Et malgré mes fureurs, le doux chant de ma lyre,
Que le char d’Apollon en tous mes jours inspire :
Mes mots se consumaient tel Phaéton aux cieux.

Il est vrai que je fus fat et prétentieux.
Mais n’est-il pas cruel que les Muses conspirent
A me mettre au secret ; mon souffle, à le maudire ?
Mes vers sont les soupirs de revers silencieux…

Le génie a ses feux qui ne sont en ma flamme,
Et l’Orphée aux Enfers ne remonte nulle âme…
Ô triste châtiment ! Ô vieux airs trop humains !

A l’ombre de mes vers, sans éclat, l’éther est d’aube,
Et sa course au loin vers l’Occident se dérobe,
Et ma poésie n’aspire plus à demain !


La solitude d’Atlas

Au milieu de la foule, en votre compagnie,
Je me sens si petit devant le genre humain,
Que vos yeux qui m’épient me font paraitre nain…
Je me trouve étranger comme une anomalie !

Quand vos regards me trainent en captivité,
Au milieu de vous tous, je ne sens que l’absence…
Ballotté par vos chants, écrasé par vos danses,
C’est la fête qui bat le vil, sans gravité...

Du son dur des tambours, au goût sec des liqueurs,
Vos langues obscurcies se délient tels vos coeurs !
Mais quand je vois en vous, vos rires et vos haines,

Il m’arrive parfois, sans en souffrir pourtant,
Comme une voute qui pèse en l’âme sereine,
D’avoir au coeur, la solitude d’un Géant.


Méduse

Je brûle en ton regard et pourtant je frissonne,
Ta vue me fait trembler, ton feu est un soutien ;
Je cours vers ton refus mais ta voix me retient,
Et mon cœur se durcit sous l’œil de la Gorgone.

Je ris de mes sanglots, je ploie quand tu t’étonnes,
Je me fige à tes pieds, mais nul ne te détient ;
Ton absence me tue, ta présence me tient,
Et je vis d’un poison dont mes vœux m’empoisonnent.

Ainsi je me combats, vaincu de trop vouloir,
Au fond de tes regards découvrir cet espoir :
Ce feu, fût-il supplice en mon visage blême !

Sous un sort obscur, tel Persée au bouclier,
Je fuis encor la haine afin de nous lier :
Je te hais que trop bien, mais moins que je ne t’aime…


Orphée

Je meurs de ton silence et pourtant je respire
Malgré l’odeur des morts, l’effluve d’un recours !
Mais le Styx, de ses bras, endigue notre amour
Lors, mon sang se fige au seuil où je t’aspire !

Je pleure de liesse et tremble quand tu soupires ;
Et quand ta voix s’éteint sous les cris de son cours,
Je frémis que mes feux échouent à ton retour,
Moi qui bus la flamme aux bords où l’âme expire.

Emu, je te précède, et mon coeur te poursuit
Au creux de ce songe où, de la mort, enfuis,
Cerbère ouvrit l’huis à nos amours ferventes !

Mais loin du sort fatal, loin d’Orphée aux Enfers,
Je n’espère ton coeur, lui qui a tant souffert :
Je t’aime après ta mort tel je t’aimais vivante !


Le trouble

Comme en dit vos rumeurs, penché comme un Narcisse
Sur le miroir aqueux, j’admirais les reflets,
Et l’amour à ma vue fit en mon coeur enfler,
Sans qu’on ne le troubla, ce sublime artifice !

Ah ! Mais que ma beauté m’est un grand maléfice !
Lorsque malgré au loin que je fus aux sifflets
Le mauvais homme qui reçut vos camouflets,
Je voyais en mes eaux, son tendre sacrifice !

Ce n’est pas à ma vue, limpide en mon miroir,
Que je trouve en mon sein raison de m’émouvoir !
C’est au seul trouble fait par ses tristes murmures !

Ô vous, Ô gens menteurs ! Ce n’était par ego
Que je ne brisais pas l’eau d’une éclaboussure,
Mais car l’onde emportait, le doux souffle d’Echo !


Ta langue de sable

Ta langue de sable au bord d'une mer de larme
Me parle d'un amour de poussière et de grain
Où s’érodait ton coeur, sous les flots du chagrin
Et le vent soupirant en un triste vacarme…

Au bord de la jetée, comme Egée en alarme,
Sous la voile gonflée de tes grands feux restreints
Tu rêves du soleil et ses éclats marins…
Tu attends le retour, tout le jour, de mes charmes !

Mais reviendrai-je au port, au sein qui me lésait :
Ce serment fait au coeur, scellé par un baiser ?
Raviverai-je un jour nos passions éteintes ?

Je viendrai en tes pleurs comme un doux feu grégeois,
Effleurant ta bouche et portant comme une étreinte,
A mes lèvres, demain, nos baisers d’autrefois…
 
Haut