Concours Grepolis Times - octobre - Adorias

Adorias

Empereur
Voyage au pays des rêves


Je me réveillais d’un sommeil étrange, flottant à quelques doigts au-dessus d’une surface plane puis je fus submergé par une vitalité qui me surprit. Je sentis sous mes fesses le contact d’un métal froid et je pris conscience de ma nudité. Tout près de moi, étendu sur une table, reposait le petit corps inerte d’un homme aux vêtements que je reconnaissais : moi !

- Bienvenu au pays des dieux.

Pris de panique, je me retournai vivement pour me préparer à une menace mais la personne qui venait de me parler me rassura immédiatement.

- Ne crains rien. C’est bien ton corps que tu contemples. Je viens de te transférer dans un autre corps. Lève-toi, je vais t’expliquer. Tu ne peux me reconnaitre ainsi vêtu car je ne porte pas ma tenue d’apparat.

Je me redressai maladroitement afin de bien observer mon interlocuteur et je découvris un homme d’âge mûr qui manipulait quelque chose. Il était recouvert jusqu’au cou d’une fine pellicule bleue. Je voulus lui parler mais j’en fus incapable ; seuls quelques sons inaudibles parvinrent à sortir de ma bouche pâteuse.

- Calme-toi Alype de Tirynthe ; pardonne-moi pour cette gêne temporaire, tout va rentrer dans l’ordre. Je suis Zeus. Je viens de te donner l’un des corps d’Héraclès et si tu éprouves certaines difficultés physiques, c’est parce qu’il faut un petit moment à l’esprit pour s’accommoder à la nouveauté. Nous sommes plus grands que les humains et il faudra t’habituer à ce changement. Suis-moi dans l’autre pièce.

Je me mis à trembler lorsque mon esprit embrumé prit conscience des paroles que je venais d’entendre ; Zeus le roi des dieux en face de moi ! Je tentai de me ressaisir en faisant appel à toute ma raison. Je dus mettre de coté ma peur et tout accepter, même les choses les plus incroyables. Alors, je découvris autour de moi une salle épurée, sans meuble distinctif, des murs lices aux couleurs douces et variées. Dans mon corps de géant, je suivis Zeus difficilement au début puis avec davantage d’assurance ensuite. Les parois avaient un aspect métallique et semblaient réagir à notre passage par un changement de couleurs chatoyantes. Dans l’autre pièce également vide, le corps d’une déesse était étendu.

- Ma belle Eunice s’est écroulée subitement or notre enveloppe terrestre a été conçue de manière à se réparer d’elle-même et ne peut se détruire toute seule ; il s’agit donc d’un crime et je veux que tu découvres l’assassin. Je t’ai longuement observé, Alype de Tirynthe. Si je t’ai choisi, c’est parce que tu es un enquêteur de renom et que tu n’es pas des nôtres. Je ne peux confier cette tâche à l’un des miens car ma confiance en eux est limitée en ce moment. Toi, tu es étranger à nos affaires. La présence d’un humain dans l’enceinte de l‘Olympe étant contraire à notre règlement, j’ai dû adapter cette condition à la situation. Je t’ai donc attribué le corps d’Héraclès pour passer inaperçu. Le vrai Héraclès est actuellement occupé à réaliser des travaux. Viens, je dois te vêtir.

Une ouverture apparut dans le mur et je pris place à l’intérieur. Aussitôt, je reçus une petite pression sur l’ensemble du corps. La matière qui me recouvrit instantanément était souple et agréable. Je n’avais pas le choix ; je devais obéir à Zeus. J’examinais alors le cadavre d’Eunice. Nulle trace de violence n’était visible sur son corps magnifique. A priori, le mal était venu de l’intérieur. Un empoisonnement ? Si j’étais devenu célèbre en élucidant les meurtres chez mes semblables, j’étais en revanche novice dans ceux qui concernaient les dieux. Je me résolus à demander à Zeus d’une voix que j’entendais pour la première fois :

- Qui est Eunice ?

- Eunice est une néréide ; elle n’occupe pas vraiment une place essentielle dans notre Organisation mais elle est également mon amante.

- Vous venez de dire « elle est » ? Je ne comprends pas.

- Il faut que tu saches une chose importante ; Eunice n’est pas vraiment morte car son flux d’énergie a rejoint le caisson de confinement où repose son véritable corps. Tels que nous sommes en réalité, nous ne pouvons respirer votre air et c’est pour cela que nous avons recours à des corps de substitution copiés sur ceux des humains. Leur structure est comparable à la vôtre mais dans une version parfaite. Si nos enveloppes corporelles ne peuvent pas vieillir, elles peuvent en revanche être détruites et dans ce cas, nous en intégrons une nouvelle. Seuls les membres dirigeants disposent d’une réserve. Quant à Eunice, elle devra attendre quelques jours avant d’être réincorporée. Alors, elle me reviendra plus belle que jamais !

- Dans ce cas, je ne vois pas l’intérêt de la supprimer. Est-ce bien un dieu qui serait derrière ce meurtre ?

- Seul un poison puissant en notre possession peut expliquer la destruction à retardement du corps d’Eunice. Et comme toutes les substances toxiques sont sous la surveillance d’Asclépios, c’est forcément un dieu qui s’en est procuré. Les entrées de chaque quartier sont surveillées. Regarde ça.

Zeus effleura de sa main une partie de la paroi. Aussitôt, les couleurs chatoyantes laissèrent la place à des silhouettes en mouvement.

- Je peux savoir qui s’est rendu dans ses quartiers. Je sais que lui-même n’en sort jamais et les autres membres de mon équipe doivent avoir un très bon motif pour y pénétrer. Je viens d’en sélectionner trois. Tout d’abord, mon épouse Héra, puis Aphrodite et pour finir, Hermès. L’un d’eux est l’assassin.

Je restais sans voix devant la magie de ces images vivantes. Je reconnaissais ces trois divinités même si elles ne portaient pas leurs tenues que nous leurs attribuions traditionnellement. Et ces dieux, tant vénérés par les hommes, seraient interrogés par moi, un simple mortel ! Il me fallut un petit instant pour me ressaisir.

- Je vais devoir les interroger, il y a quelque chose que je devrais savoir sur mon hôte prestigieux ?

Ma remarque fit sourire Zeus.

- Sache qu’il n’y a pas de tabou dans nos mœurs et que celles-ci sont extrêmement libres en comparaison aux vôtres. Tu pourras poser toutes sortes de questions mais ne te montre pas trop malin car vois-tu, Héraclès est beaucoup moins subtil. Surtout, essaye d’agir en dieu et non plus en humain ; considère-les maintenant comme tes égaux.

- Où vais-je les rencontrer ?

- Ils sont présents dans l’Olympe. Nous nous rassemblons chaque année pour prendre des décisions concernant l’humanité. Mais avant, il y a toujours une période de festivité. Je compte vraiment sur toi pour découvrir qui a agi sans mon consentement ; je ne permettrai à quiconque de défier mon autorité. Si tu réussis, tu seras largement récompensé. Sache enfin que si je me confie à toi, c’est parce que le souvenir de ton passage parmi nous te sera effacé. En attendant, accompagne-moi dans la grande salle de réception, il y a de quoi manger et se divertir ; tu en profiteras pour te mêler aux autres.

*​

A la sortie des quartiers de Zeus, je reçus en plein visage un souffle vif et frais. Il y avait devant moi une gigantesque cour ouverte sur le ciel et je distinguais au loin à droite et à gauche la cime des montagnes enneigées. Zeus profita de cet instant pour admirer les alentours.

- C’est magnifique, n’est-ce pas ? Vous avez de beaux paysages que nous vous envions, dit-il en souriant.

- C’est incroyable, dis-je émerveillé.

- La salle de réception est dans cette direction là-bas.

J’apercevais au loin un grand bâtiment à la forme triangulaire que j’estimais être gigantesque lui aussi.

- Nous allons prendre un vimana (1) pour nous y rendre, poursuivit-il.

Zeus actionna quelque chose à son poignet, et du sol sortit une vasque d’une matière pareille à l’airain. Une fois à bord, une chaleur nous enveloppa. Juste le temps d’une inspiration et le vimana partit à toute allure.
Dès que nous fûmes à l’intérieur de la salle de réception, je fus spontanément pris de vertiges. Une orgie de senteurs, de sons et de couleurs agressaient mes sens. Partout des reflets et des rais de lumière balayaient fugitivement des corps, caressaient des visages radieux, partout des dieux et des déesses gesticulant en cadence avec le bruit incessant qui martelait les têtes. J’étais broyé par cette foule agitée et absorbée dans sa danse frénétique. Ils devaient être des centaines ! Je me demandais comment j’allais faire pour identifier mes trois suspects quand Zeus se pencha vers moi pour me dire quelque chose. Il mit le doigt à son poignet et je pus l’entendre sans difficulté.

- Tu as de la chance, ils sont tous les trois dans le même secteur, tout près des grosses colonnes holographiques. Attends… tu disposes ici du même dispositif, dit-il en me prenant le poignet. Lorsque tu l’actionnes, cela crée autour de toi une bulle de discrétion qui neutralise tout bruit parasite autre que la voix. Il est d’une petite portée mais se révèle très efficace.

Je mis tout de suite le petit appareil en fonction et je me dirigeais vers les grandes colonnes de lumière dans lesquelles des formes géométriques se succédaient. Protégé dans ma bulle, je pouvais avoir les idées claires et commencer sereinement mon enquête.

La première déesse que je désirais aborder fut Héra. Elle se tenait à l’écart des autres dieux dans une posture noble, regardant avec dédain leur danse déchaînée et sirotait délicatement une boisson dans une coupe transparente. Lorsqu’elle l’eut vidée, elle la posa sur un cube à coté d’elle et la coupe se remplit toute seule. A mon approche, elle eut un geste de recul pour la cacher.

- Héraclès le bâtard de Zeus ! me lança-t-elle froidement.

- Ici, rares sont ceux qui ne le sont pas, rétorquai-je d’un ton ironique en espérant que cette attitude ne me trahisse pas. Pour donner corps à ma remarque, j’indiquai de la tête la belle Aphrodite perdue dans cette masse informe en mouvement. Exaltée elle aussi, elle se pliait en deux, se redressait et tournoyait entre deux jeunes dieux qui la dévoraient des yeux.

- Cette dévergondée… une bâtarde de mon époux, imbue de sa personne ! Ne me parle pas de cette catin. C’est pour elle seule qu’on renouvelle chaque année le concours de la plus belle déesse. Et moi, je dois me prêter à cette mascarade ! De toute manière, belles ou pas, elles finissent toutes dans le lit royal !

- On dit que mon père fréquenterait Eunice.

- Eunice la mijaurée, la fille de Nérée ? Quelle importance ! Zeus ne sera jamais contenté. Avec les déesses à la rigueur, je peux pardonner mais avec les humaines… comme ta mère… quelle honte !

Dans une rage folle, Héra avala d’un trait la coupe qu’elle cachait puis la brisa violemment à mes pieds.

- Tu me répugnes, toi le fils d’Alcmène (2), toi le bâtard de mon époux ! Le sang impur qui fait honte à notre race !

Les yeux mouillés, elle s’adressait maintenant à la foule qu’elle rendait responsable de tous ses malheurs. Je m’éloignai d’Héra et rejoignis Aphrodite. Lorsqu’elle me vit, elle m’accueillit avec une joie sincère.

- Héraclès… le plus impressionnant des demi-dieux ! fit elle en écartant les deux gêneurs et en se rapprochant de moi jusqu’à frotter son corps contre le mien. Tu sais que tes caresses m’ont manqué ? Après le concours que je remporterai haut la main, viens me rejoindre dans mes appartements et je te montrerai des positions incroyables inventées par les humains. Tu sais que tu restes le meilleur de mes amants ?

- Je n’en doute pas, répondis-je en lui souriant. Et toi, savais-tu que la sublime Eunice m’a également appris certaines choses dans ce domaine ?

- Toi avec cette peste qui se croit plus belle et plus expérimentée que moi ? Elle n’arrivera jamais à m’égaler !

Je la sentis piquée au vif. Aussi pour la rassurer, je la pris dans mes bras.

- Moi aussi, je meurs d’impatience de te rejoindre. Avec une tenue d’apparat ou sans, tu es vraiment la plus belle des déesses.

- Flatteur et vicieux avec ça ! me lança-t-elle en faisant mine de me rejeter tout en affichant un air malicieux.

- Tu sais, tu n’as pas besoin de toutes ces choses que te procure Asclépios pour être la plus désirable des déesses. Laisse-ça aux autres, lui susurrai-je à l’oreille.

- Je vois que tu t’intéresses à moi ; serais-tu tombé amoureux ? Je ne sais pas qui t’a raconté ça mais c’est vrai, je l’avoue ; Asclépios me procure des capsules à renforcement de teint, est-ce un crime ?

Désirant m’entrainer avec elle dans une danse endiablée, je parvins à me libérer prétextant une obligation envers Hermès. Je la laissai en compagnie des deux jeunes dieux qui d’une manière crâne, s’empressèrent de la rejoindre.

A l’écart, je vis Hermès en compagnie d’une déesse affublée de sa tenue d’apparat. Ses longs cheveux ondulés étaient garnis de perles, et tandis qu’elle lui montrait une broche en forme de coquillage, j’aperçus dans le repli de son péplos, une longue jambe fine recouverte de minuscules écailles. Visiblement, elle était déjà prête pour le concours.

- Héraclès, mon ami ! je te présente Actée, dit Hermès d’un air enjoué. Je ne pense pas que tu connaisses Actée. Actée est fille de Nérée. Elle est venue me présenter son nouveau compagnon, un cadeau offert par Athéna mais je lui ai dit qu’il lui en aurait fallu un autre plus adapté à l’océan.

- Je n’ai pas l’honneur de te connaitre belle Actée… mais je connais ta sœur Eunice, répondis-je.

A côté de la jeune déesse, voletait une petite chouette mécanique. J’avais déjà entendu parler de ces petits compagnons artificiels forgés par Héphaïstos. Beaucoup de divinités s’entouraient d’animaux d’apparat ; cela faisait partie de l’image que les dieux désiraient révéler aux hommes. Actée, tout en jouant avec son jouet ajouta :

- Je n’arrive pas à retrouver ma sœur. L’aurais-tu vue, noble Héraclès ? Elle devait me rejoindre pour ce fichu concours qu’on nous impose. Voilà un an qu’elle s’y prépare.

- Elle est certainement avec un galant ! plaisanta Hermès. On dit qu’elle s’est surpassée cette année. Je suis impatient de voir ça !

- Oui, elle n’est plus la même depuis qu’elle possède une nouvelle matrice génétique de modification. Elle va ridiculiser Aphrodite !

- Pour répondre à ta question Actée, je n’ai pas vu Eunice depuis un bon moment, mentis-je en espérant découvrir une émotion sur la figure du messager des dieux. Mais ce dernier affichait toujours son visage radieux et légèrement espiègle.

- Et bien moi, je viens juste de revenir de mission. Toujours en vadrouille le messager ! On m’envoie à droite et à gauche pour parcourir le monde. Un de ces jours mon vimana va me lâcher et ce ne sont pas mes petites ailes factices accolées aux pieds qui me sauveront de la chute ! J’en toucherai deux mots à Héphaïstos.

- C’est pour ces missions que tu visites souvent Asclépios ? demandai-je.

- Tout à fait. Ma dernière visite est récente. Il me fournit des remèdes que je dois apporter aux membres des autres Organisations, tu sais bien, celle du grand continent à l’ouest de l’Atlantide ou bien celle qui administre la zone située près du fleuve Indus.

- Lui dérober un objet serait chose aisée ?

- Pourquoi me demander cela, tu désires prendre ma place comme dieu des voleurs ? Plus sérieusement, je pense que ce serait facile. Toutes ses pilules, potions et nanomédicaments sont soigneusement étiquetés ; il suffirait qu’il regarde ailleurs.

Estimant en avoir assez entendu, je décidai de rejoindre Zeus pour lui faire part de ma petite idée.

Lorsqu’il me vit, Zeus comprit la situation et me fit signe de le suivre. Il activa un mécanisme et tout ce qui nous entourait disparut subitement. Il rit de mon étonnement.

- Nous sommes dans un autre plan vibratoire ; tu peux parler, personne ne nous entend.

- Deux suspects avaient un mobile. J’élimine Hermès de la liste puisqu’il n’a pas de raison de supprimer Eunice. Quant à Héra, elle est irritée par vos conquêtes mais je pense qu’elle déteste davantage vos liaisons avec les mortelles. Eliminer Eunice en sachant qu’elle réapparaitrait quelques jours plus tard, serait absurde de sa part.

- Je te vois venir… me coupa Zeus

- Il ne reste plus qu’Aphrodite. Elle ne vit que pour sa beauté et pour le concours qu’elle s’obstine à devoir remporter puisque cela a toujours été ainsi. Elle voit une rivale en toute déesse.
Voici en plusieurs temps comment je conçois l’affaire :

Premièrement, la rumeur sur la nouvelle plastique d’Eunice s’est répandue.

Deuxièmement, Aphrodite s’est sentie menacée.

Troisièmement, la disparition temporaire d’Eunice lui assurerait obligatoirement la victoire.

En conclusion : Aphrodite, trop fière pour accepter une défaite qu’elle vivrait comme un affront à sa beauté, a donc choisi d’évincer Eunice durant le temps des festivités car ce qui lui importe, c’est qu’Eunice ne soit pas présente le jour du concours.

Maintenant, il faudrait confronter les suspects pour vérifier mes dires.

- Je te félicite Alype de Tirynthe. Je m’occuperai d’Aphrodite plus tard. Pour te récompenser de l’aide apportée, je vais t’offrir un cadeau que nul autre humain n’a reçu avant toi.

Plus tard, Zeus et moi embarquions à bord d’un vimana plus gros que celui que nous avions pris auparavant et qui ressemblait à un œuf. Nous étions confinés dans un espace entièrement fermé. J’eus l’impression que l’air autour de moi devenait plus dense, ce qui limitait mes mouvements. La machine tressaillit légèrement pendant un très court instant. Zeus actionna ensuite un mécanisme. En même temps que la densité de l’air redevenait normale, je me surpris à flotter et une fenêtre se fit sur la paroi du vimana ; alors je vis.

- Vois Alype de Tirynthe ! observe ton monde comme tu ne l’as jamais vu ; je te présente Gaïa !

Je vis par cette ouverture une boule bleue resplendissante baignée de lumière, flottant au milieu d’un grand voile sombre parsemé de perles étincelantes.

La couleur ocre des continents se détachait clairement du bleu profond des océans. Zeus me désignait les montagnes, les îles que je devais certainement connaitre pour les avoir visitées. En tendant la main vers cette boule éclatante de vie, je faisais comme si je la tenais délicatement, de peur qu’elle s’abime, elle, cette boule qui semblait si fragile et sur laquelle pourtant les humains naissaient, vivaient et mouraient. Des larmes me venaient aux yeux, je ne savais pas comment remercier Zeus de ce cadeau formidable. Je me sentis si petit, si faible, si humain devant tant de beauté que j’en tremblais.

*​

Revenu dans les quartiers de Zeus, je profitai qu’il me laissât seul un moment devant mon enveloppe humaine pour sortir discrètement de sa tunique quelques feuillets de papyrus et mon vieux calame. En guise d’encre, je fis couler quelques gouttes du sang d’Héraclès et je rédigeai hâtivement avec le trouble qui m’habitait, ce témoignage que je cachais dans la tunique. Je sais que je dois retourner dans ce corps imparfait d’humain et que j’aurai bientôt tout oublié de cette aventure.

Alors, voilà ce que j’ai retenu de mon voyage au pays des dieux ; je devrais écrire « au pays des rêves » car il y a mille choses fantastiques que j’ai vues mais que je ne peux retranscrire ici. Les dieux, aussi puissants qu’ils peuvent l’être, sont finalement semblables à nous, avec leurs bontés, leurs passions mais aussi avec leurs haines. Je sais que leur mission est de veiller sur l’humanité, sur notre monde magnifique dont l’image restera à tout jamais décrite dans ce billet.
Alype, je m’adresse à toi. Lorsque tu auras repris conscience et que tu liras ce récit incroyable, tu devras croire et garder espoir en l’humanité. Un jour, celle-ci deviendra égale aux dieux et nous aurons peut-être, nous aussi, une mission à accomplir. Tu ne devras pas oublier car ceci est ma mémoire, ton histoire…

Alype, fils de Thrasybule.
Scribe et enquêteur au palais de Tirynthe sous le règne du roi Eurysthée (3).


1 : "char des dieux"
2 : Alcmène est une mortelle séduite par Zeus
3 : roi de Tirynthe pour qui Héraclès accomplit ses 12 travaux