[Récit] La révolution blanche

retsnomyrruc

Dramaturge Acclamé // Beau Parleur
«Les masques tombent, le rideau se lève, tout commencera au tintement des glaives.»​

C'était le deuxième jour de juillet il y a quelques années, dans une petite ville non loin de la frontière. Il se faisait tard, et une poudre fine tombait sur les épaules des soldats accroupis dans le pénombre de la tranchée. Les rares citoyens qui restaient encore, faisant fi des ordres d'évacuation données par l'Union, tentaient de se rendre utiles en apportant le peu de vivres qu'ils avaient à leurs protecteurs, alors que les officiers attendaient des indications dont ils savaient déjà que l'espoir de les voir venir était futile. Mais la guerre les avait endurci, et ils prirent leur mal avec patience.

Le silence régnait sur les décombres les plus lointaines, souvenirs de l'époque quand la ville faisait encore partie du front principal. En six mois, la seule chose qui ait changé était la disposition de la neige ; elle avait depuis longtemps enseveli les centaines de corps qui furent créés lors des premiers bombardements, et si elle n'a pas enterré les vivants avec eux, ce n'était que grâce à la force de leurs bras et les efforts de quelques braves qui s'acharnaient à maintenir le moral au maximum. Le silence était oppressant, mais les soldats s'en comptaient heureux, car le bruit signalerait le retour au combat que tous craignaient. Ce jour-là, personne n'a osé parler des nuages épais sur l'horizon, ni de ce qu'ils auguraient pour leur compagnie.
Mais le soir, peu avant le coucher du soleil, une lueur arriva enfin...

«Un éclat de rouge sur un duvet blanc, la première goutte d'un conflit sanglant.»​

La commandante s'était enfermée dans sa chambre, qui lui servait de bureau, depuis plusieurs jours, ne sortant que pour chercher des victuailles et donner des ordres.

Touchée lors d'une des premières escarmouches de la campagne, on l'avait envoyé malgré ses protestations au campement de l'ouest, où l'on entraînait les conscrits les plus jeunes, et elle leur avait rapidement fait comprendre qu'elle eût préférée continuer à se battre ; Il ne fallut pas longtemps avant que les conscrits ne soient d'accord.
Les rations s'amenuisaient, les nouvelles du Bureau se faisaient rares, et l'ennui, le pire des ennemis, guettait les recrues chaque jour. C'est alors qu'elle avait pris l'initiative de les amener ici, à Vetarde.

En arrivant avec ses quelques chariots de neige remplis de nourriture séchée et d'alcool fort, elle se rendit compte de l'état des forces occupant la ville – à peine une vingtaine d'hommes, laissés là, oubliés par le Bureau parmi leurs papiers. Voyant la futilité de leur mission, les soldats et les derniers habitants ramassèrent leurs effets et montèrent à même les tonneaux, laissant derrière eux le tombeau qui avait pris tant de leurs proches à tout jamais.

Ce n'était pas la première ville vide que cette guerre insensée avait produit, et ce ne serait pas la dernière.
 

Coeos2

Gouverneur
Très beau même si on ne sait pas trop la localisation ni les raisons de cette guerre
Vivement la suite